Premier jour de la mobilisation

2 août 1914 Par Albert Vigon 2
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Premier jour de la mobilisation

Premier jour de la mobilisation. Dès 4 heures du matin je suis sur pied, après avoir retrouvé quelques amis et avoir fait emplette d’une bonne paire de chaussures nous voilà partis pour la guerre.

Premier jour de la mobilisation
Nous rencontrons dans la vieille ville une animation extraordinaire chez les marchands de chaussures.
On commence à sentir du tragique dans l’air, car on ne rencontre que des gens aux yeux pleins de larmes qui redescendent de la gare où ils ont accompagné quelqu’un de cher qu’ils ne verront peut-être plus. Du côté des mobilisés je remarque moins d’émotion. On croirait à voir leur départ qu’ils s’en vont à une partie de plaisir.
Nous nous rendons à la gare à 7 h 1/2 où se trouve une foule considérable.
De nombreux trains sont déjà partis. Un nouveau train se forme, nous nous embarquons à 8 heures dans un compartiment de 1ère après avoir embrassé Adèle, papa et maman qui sont venus au départ.

Premier jour de la mobilisation

Voyage bruyant, car la plus grande partie des mobilisés font preuve à haute joie, d’une ardeur patriotique un peu ardente. Mais en général comme l’Allemagne ne nous a pas encore envoyé de déclaration de guerre, chacun suppose que ça n’ira pas plus loin que l’état actuel des choses, et que toutes ces négociations vont se terminer par un arrangement amiable.
Le voyage est agrémenté de stations très nombreuses, où il nous est permis de nous divertir à la vue des braves territoriaux gardes des voies, qui ont plutôt l’air de figurants de théâtre que de guerriers. La plupart sont habillés à moitié et prennent la faction en pantalon foncé ou avec un chapeau mou comique sur la capote réglementaire. On voit de braves gens à grosse bedaine qui ne pouvant boucler leur ceinturon l’ont completé avec un bout de ficelle.
Nous nous amusons beaucoup de leur tenue, mais nous nous disons aussi qu’il est extraordinaire qu’on n’ait pas trouvé de quoi les habiller plus décemment. Ne serions-nous pas aussi prêts que les journaux le disent ?

Premier jour de la mobilisation

Après 7 heures de voyage, nous débarquons à Marseille au milieu d’une animation extraordinaire. Arrivé en ville on ne croirait pas, à voir foute cette foule plutôt joyeuse, que l’on est prêt à partir en guerre.
Après avoir déjeuné avec une bouillabaisse, naturellement, nous nous présentons à la caserne d’Aurelle à 5 heures. Là par exemple, c’est un charivari extraordinaire, de minute en minute le nombre des mobilisés augmente, officiers et sous-officiers en charge de l’inscription des nouveaux soldats finissent par y perdre leur tête, et nous renvoient nous promener jusqu’au lendemain.
Nous balladons en ville, on rencontre quantité d’amis et d’anciens camarades de régiment, avec qui l’on renoue volontiers connaissance.
Après nous être enquis d’une chambre pour pour éviter de coucher sur la paille à la caserne, nous terminons paisiblement cette première journée.

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  • albert

    5 août 2014 Reply
    1

    Voici une vue de la caserne d’Aurelle : http://goo.gl/otHbyf

  • Rémi

    5 août 2014 Reply
    2

    L’armée et la marine françaises sont sur le pied de guerre, et tous les Français aptes au service militaire sont rappelés sous les drapeaux. Planifiée de longue date, l’affectation de chaque homme est prévue selon son âge et sa résidence.

    Déclenchée en réaction aux mesures équivalentes prises par l’Allemagne, la mobilisation française se déroulera en 17 jours, du 2 au 18 août 1914, comprenant le transport, l’habillement, l’équipement et l’armement de plus de trois millions d’hommes dans tous les territoires français (métropole et certaines colonies), puis leur acheminement par voie ferrée.

    C’est la première fois qu’une mobilisation générale est décrétée en France (en 1870, seule l’armée de métier est mobilisée).