Cantonnement à Deuxnouds

27 août 1914 Par Albert Vigon 1

Quittons Mesnil à 4 heures pour aller cantonner à Deuxnouds-aux-Bois. Passons à Trésauvaux, Les Éparges, St-Rémy, Dompierre. Total 30 à 35 km. Pluie battante le long du parcours. En attendant de rentrer à Deuxnouds, où l’on prépare notre cantonnement, je me déshabille en plein air pour changer encore une fois de linge, je suis aussi trempé de pluie que de sueur, car malgré l’orage il fait toujours excessivement chaud.

Il paraît que nous sommes en réserve générale avec notre 75e division et cela semble confirmé, car nous nous éloignons de la ligne de feu.

Reprenons à peu près la vie normale car nous pouvons faire nos repas réguliers matin et soir. Le ravitaillement ainsi que tous les convois de vivres peuvent enfin nous joindre après avoir couru après nous pendant 3 jours : il paraît que l’on ne savait où était passé notre régiment !

Nous sommes admirablement bien dans ce petit village, mais y restera-t-on longtemps ?

Je commence à être passablement fatigué et je souffre un peu de l’estomac à cause de la nourriture de conserves prise ces jours-ci. Mais rien de grave, c’est l’entraînement qui commence.

Un nouveau docteur, M. Roussel arrive pour notre bataillon ; c’est un élève en médecine très jeune dont le grade dans l’armée n’est pas bien connu, c’est je crois correspondant à sergent ou adjudant.

Étant toujours cuisinier, je lui offre une place à notre plat, il accepte et nous paraît charmant. Après dîner nous allumons un grand feu pour sécher notre linge et nos vêtements.

Bonne soirée ; on cause de la guerre. Malheureusement on ne sait rein, aucun journal n’arrive par ici. Cependant l’on dit que nous ne sommes pas très heureux dans nos combats. L’ennemi avancerait en Belgique et dans notre région. L’on dit également que le général Pau aurait remporté quelques succès du côté de Mulhouse. Bref, rien de sûr ni de précis.

En passant, je remarque que nous qui devions être troupe de réserve, nous marchons en première ligne comme l’active et y faisons bonne figure.

Nous allons continuer à opérer dans la Meuse car nous serons probablement affectés à la défense de Verdun.

Ce département a déjà subi en partie l’occupation allemande du côté de Buzy, Étain et Spincourt. C’est un pays de grande culture : blé, seigle, avoine, pommes de terre ; prunes, poires comme fruits. Les villages paraissent assez riches, mais sans luxe aucun dans les habitations, ce sont surtout des propriétaires de terres qui les habitent. Tous habitent le village, on ne rencontre pas ou presque pas de maisons isolées dans la campagne. À peine une ou deux grandes fermes entre deux villages, toujours éloignées l’une de l’autre de 8 à 10 km.

Est-ce parce que les habitants sont fatigués de voir des troupes ? Mais il ne sont pas très accueillants. Et le peu de vivres que l’on peut acheter se paye d’un prix exorbitant.

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  • Rémi

    28 août 2014 Reply
    1

    Extrait du l’historique du régiment :
    “ Nous étions vainqueurs en LORRAINE sur toute la ligne Etain-Conflans et cependant, dans la nuit du 25 au 26, les troupes commençaient. sur ordre supérieur, un mouvement de repli semblant affecter l’ensemble du front.
    Des événements, survenus ailleurs et connus beaucoup plus tard, éclairèrent chacun sur les raisons de cette manœuvre rétrograde. ”