Départ pour Saint Antoine

1 août 1914 Par Albert Vigon 2
Mots-clés

1er aout 1914 - Appel à la mobilisation

Nous venons de passer un mois de fièvre qui est à compter ; ce furent les affaires suspendues en partie, l’attente de la guerre à chaque minute de chaque jour ; les suppositions de chacun sur la marche des négociations, bref une période d’énervement dans toutes les classes de la société qui aboutit à un souffle de patriotisme qui surprend, mais qui gagne même les plus indifférents.

Nous entrons en août dans de bonnes dispositions. Mais, pour moi, et beaucoup pensent avec moi, nous n’aurons pas la guerre. Les raisons de cette opinion me semblent difficiles à donner, mais elles sont faites de cette idée : c’est qu’au point de civilisation où est arrivé le monde, il me semble impossible que les peuples en arrivent à s’entr’égorger pour des raisons plutôt futiles. Et je suis tellement convaincu de mes raisons que je prends ce jour même, le 1er août, mes dispositions pour aller m’installer à la campagne et de là repartir pour faire ma période d’instruction de 23 jours.

1er aout 1914 - Appel à la mobilisation

Je commence à comprendre que je me trompais car en arrivant à St Antoine [un quartier de Nice] j’apprends que l’ordre de mobilisation a été remis aux territoriaux de 42 à 48 ans qui sont appelés à la garde des voies ferrées. Malgré tout, je pense encore que ce n’est qu’une précaution prise par le gouvernement qui craindrait un mouvement quelconque à l’intérieur du pays.
À midi, fausse alerte, on m’annonce que la mobilisation générale est décidée. Mais ayant téléphoné à Nice on dément la nouvelle, en disant cependant que ce sera officiel dans la soirée.
Je passe l’après-midi au téléphone et à 5 heures et demie Maero, qui est encore à la Riviera, m’apprend la nouvelle, la mobilisation est affichée partout.
Aucune émotion chez Massa, où je me trouve, on discute peu, et chacun prend ses dispositions en vue de l’événement.
Je cours chez moi et nous revoilà sur la route de Nice. En chemin je réfléchis aux évènements, mais je ne peux me faire une idée exacte de cette guerre, et je suis absolument calme devant la terrible situation où nous nous trouvons.
Aussitôt arrivé, je fais mes préparatifs de départ et après quelques visites d’adieu, je cours au café de Paris voir les amis et me rendre compte des conséquences de l’annonce de la mobilisation.

1er aout 1914 - Appel à la mobilisation

Tout est comme à l’ordinaire, même foule, toujours un peu d’enthousiasme, franche animation sur l’avenue, mais ailleurs tout est tranquille.
Il me semble que ma conviction actuelle que nous n’aurons pas la guerre et que la mobilisation n’est décrétée que pour peser sur les négociations en cours, est partagée par tous en général. Ou alors personne ne se rend compte de la situation, ni de ce que pourra être la guerre, car on rit, on plaisante, mais personne ne s’émotionne.
Quelques départs commencent à se produire cependant, et dans cette fièvre des préparatifs et des adieux, on commence à voir la réalité.
Pour nous, nous décidons de partir le 2 août à 6 heures.

Suite

Commentaires

Laisser un commentaire

Poster le commentaire

  • Caroline R

    19 août 2014 Reply
    1

    Courage, grand-père Albert, il faut vivre, pour que naisse mon Rémi !…

  • Rémi

    19 août 2014 Reply
    2

    Je dirais même plus : de la suite de cette histoire dépendra l’existence de pas mal de monde !

    http://wp.me/a4W51e-3X