Enfin un peu de repos

26 août 1914 Par Albert Vigon 0

Toute la nuit défilé de convois, artillerie, cavalerie etc… À chaque instant on ramène des prisonniers. Chose extraordinaire, ils paraissent se rendre volontairement, car cela semble bizarre de voir des soldats non blessés rester si loin en arrière au point d’être pris par nous.

Dans le village c’est le bourdonnement de 6 ou 7 000 hommes de troupe qui y sont cantonnés et qui préparent les repas du lendemain, touchant les vivres etc…

En général, moral excellent, malgré les émotions inévitables de la première bataille.

Nuit sans incidents notables, quelques coups de canon de temps à autre ; quelques coups de fusil aussi, mais très rapprochés. Ce sont des soldats allemands blessés qui tirent pour attirer vers eux les brancardiers.

Au petit jour, je m’aperçois que j’ai passé la nuit à côté d’un Boche qu’un obus a coupé en deux exactement à la taille. J’ai le même mouvement de répulsion que j’ai eu hier après-midi en voyant le premier cadavre à Saint-Jean-lès-Buzy.

Départ de Aucourt à 5 heures. Nous marchons dans la direction Buzy et Darmont par où l’ennemi a battu en retraite hier. Nous rencontrons sur notre route quelques morts français, notamment une quinzaine de soldats du 240 et 238 que l’on a aligné sur le bord d’un buisson avec un sous-lieutenant et 2 sergents. Spectacle impressionnant, tout le régiment présente les armes.

À mi-chemin contre-ordre et demi-tour, on est inquiet, il paraît que les Boches ont repris l’offensive. On repasse à Saint-Jean-lès-Buzy et l’on suit sur Parfondrupt, Hennemont, Ville-en-Woëvre, pour faire la grand-halte à Manheulles à 11 h ½. Nous prenons le temps de casser la croûte 1 heure environ et nous prenons place sur une vaste plaine où se concentre bientôt toute la division.

Il y a là le 44e, le 240e et le 238e de ligne, de l’artillerie, des chasseurs, hussards, cuirassiers, dragons, etc. Très beau coup d’œil.

Repartons à 14 heures pour aller cantonner à 1 heure de marche dit-on, mais à 9 heures du soir nous sommes encore en chemin à la recherche d’un village qui ne soit pas occupé. Tous sont bondés de troupes : Villers-sous-Bonchamp, Bonzée, Mont-sous-les-Côtes. Enfin harassés et trempés par 3 heures de pluie que nous avons subie en route, nous trouvons un peu de place à Mesnil-sous-les-Côtes.

Nous venons de faire 13 heures de marche donc au moins 40 ou 45 kilomètres et si nous récapitulons : depuis dimanche (et nous sommes mercredi soir) nous avons eu 1 repas chaud, et hier soir un peu de potage ; comme sommeil : la nuit de dimanche à lundi soit environ 8 heures de sommeil en 4 jours. Aussi c’est avec joie que nous nous étendons sur un semblant de paille après avoir changé de linge. Cependant on dort tout chaussé et équipé, car depuis que nous sommes dans la Zone des armées il faut s’attendre à une alerte à chaque instant.

19140826-001 Aucourt

19140826-002 Manheulles

19140826-003 Mesnil-sous-les-Côtes

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