Nous pouvons partir au cantonnement

8 novembre 1914 Par Albert Vigon 0

Reçu carte Adèle 31. Temps couvert, frais.
La compagnie est aux tranchées avancées face aux casernes. Je reste au campement avec 16 cuisiniers. Le matin à 4 h petit incident, car une cabane brûle et nous devons éteindre le feu avec des poignées de terre.

À 10 heures je dois porter aux tranchées un ordre du capitaine Pierre et y rester ensuite. Je pars avec Grastilleur et j’y arrive sans incident. Les Boches semblent endormis car on n’entend ni canon ni leur fusil. La matinée est calme.

Dans l’après-midi, les Boches se réveillent et canonnent les tranchées du village des Paroches occupées par le 34e. La vie dans ces tranchées avancées est un peu moins agréable que dans les tranchées des bois, car on ne peut pas se montrer, ni parler, ni remuer de tout le jour. Heureusement nous n’en avons que pour 24 heures.

3 heures. Les cuisiniers que le capitaine Pierre vient de renvoyer dans les tranchées commencent à arriver. À peine 3 sont-ils en vue que les obus allemands commencent à pleuvoir et comme d’habitude sans résultat.

5 heures. Le canon continue des deux côtés acharnés ; nous sommes au beau milieu des tirs mais quelques obus seulement s’égarent vers nos tranchées.

La nuit commence à tomber. Ça commence à être triste par ici. La vue de ce plateau me rappelle Souilly et il me semble qu’un jour où l’autre, comme à Souilly, quelque grande bataille se livrera sur ce plateau. Je crois cependant que cette fois la bataille tournera à notre avantage car nous sommes admirablement bien placés et fortifiés.

Vers le soir le canon français donne davantage et bombarde surtout les casernes et St Mihiel. À 7 heures la compagnie du 241 qui doit nous relever arrive, mais incomplète car elle s’est perdue en route.
À 9 heures seulement nous pouvons partir, les 2 sections étant arrivées.

Nous nous mettons en marche à 9 heures pour Pierrefitte au milieu d’un brouillard effroyable. Arrivons à Pierrefitte à minuit non sans trouver la route longue à cause du sac un peu lourd dont nous avons perdu l’habitude.
Nous sommes couchés dans une écurie presque sur le fumier. Si bien que le matin, si l’on a pas eu à souffrir du froid en revanche nous sommes presque mouillés par la vapeur du fumier qui fermente.

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