Où chacun commence à se rendre compte de la situation

22 août 1914 Par Albert Vigon 0

Toujours en route pour Is-sur-Tille à ce qu’il paraît. Toujours même enthousiasme et belle réception à chaque gare où nous nous arrêtons. À Chalon-sur-Saône, arrêt de quelques minutes pendant lequel nous pouvons nous dégourdir les jambes et expédier quelques cartes. Au moment du départ rentre en  gare un train complet de prisonniers allemands. Cela suffit pour faire redoubler de chaleur notre enthousiasme.

Mais à Dijon tableau moins réjouissant car nous trouvons un train de 1 500 blessés français, la plupart appartenant aux chasseurs alpins du 24e, 26e, 6e bataillon qui reviennent de Dieuze en Alsace.

Nous sommes quelque peu touchés de leur mine fatiguée et de leurs uniformes en lambeaux.

Je commence à avoir une vision de réalité, nous approchons du théâtre de la guerre.

Plusieurs blessés emportent des souvenirs de la bataille qui nous intéressent prodigieusement : casques à pointe, fusils, biscuits, tabac allemands. Malgré la défense formelle des gradés, chacun entoure les blessés et écoute avidement le récit de leurs aventures.

Nous arrivons enfin à Is-sur-Tille, mais pas pour y rester car on dirige notre train sur le réseau de l’Est, direction inconnue. Là nous rencontrons un autre train de blessés, 600 environ, revenant également de Dieuze.

Chacun commence à se rendre compte de la situation ; on va nous diriger sur la frontière et nous ne tarderons pas à nous battre à notre tour.

À 10 h 1/2 du matin le train se met en marche pour s’arrêter un moment à Neufchâteau où nous prenons notre troisième repas depuis le départ, toujours avec des conserves.

19140823-001 En train vers le front

19140823-002 En train vers le front

19140823-003 En train vers le front

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