Nous sortons de la tranchée baïonnette au canon

4 mars 1915 Par Albert Vigon 0

À 2 heures nous prenons place dans les tranchées de deuxième ligne qui sont à environ 150 à 200 mètres de l’ennemi, la première tranchée se trouvant à peine à 20 mètres par endroit et même à 5 ou 6 mètres des Boches. Nous passons là la matinée du 4 sans incident, sauf l’arrivée de schrapnells et bombes qui rendent la position dangereuse.

À midi, ordre d’attaquer après le bombardement. Nous préparons nos musettes, y mettant l’indispensable, devant laisser nos sacs sur place, et nous attendons. Notre artillerie donne d’une façon inimaginable. Nous voyons les effets de notre 270 sur la crête à gauche de Vauquois. On voit distinctement voler les arbres, les pierres et des corps d’Allemands dont la position doit être critique. C’est quelque chose d’effroyable.

Les Boches répondent, mais sans trop d’effet car nous avons seulement quelques blessés.

Le lieutenant me donne le commandement de 25 hommes composés des cuisiniers et hommes de corvée pour l’ordinaire, avec pour consigne de protéger la gauche de la compagnie, si nous sommes engagés avant la nuit ; en cas contraire je dois retourner au Mamelon Blanc chercher des vivres pour la journée du lendemain.

Aussitôt, notre artillerie se calmant, le 313 qui est devant nous prononce son mouvement et monte à l’assaut. Nous voyons quelques minutes après les Boches sortir de leurs tranchées et faire des signes désespérés avec leurs mouchoirs en criant « Kamarad ! »
Le 313 a de la chance, car le voilà maître avec très peu de pertes d’une belle tranchée.

Nous sortons de la tranchée baïonnette au canon

Pour nous la tâche est plus difficile, car nous attaquons Vauquois même. Nous sortons de la tranchée baïonnette au canon et nous abordons la tranchée ennemie où la résistance est faible, les Boches étant en grande partie exterminés ou littéralement abrutis par notre artillerie.
Quelques coups de crosse en un corps-à-corps violent ont raison d’eux et nous voilà installés dans la tranchée.

Le 1er bataillon est moins heureux. Il tombe sur des tranchées presque vides au début, mais les réserves n’ayant pas été assez battues par l’artillerie, deux régiments Boches arrivent et notre bataillon est obligé de se replier.
Enfin malgré cela le gain est appréciable, nous n’avons pas l’église et le cimetière mais nous avons avancé presque sur toute la ligne.

J’occupe avec mes 25 hommes un trou de mine où je dois tenir coûte que coûte, car la position serait prise par derrière en cas de recul de ma part. J’installe mes hommes à l’abri le plus possible, car les balles sifflent autour de nous. Je passe la nuit à tirer quelques cartouches de temps à autre, car il fait nuit noire et il est impossible de voir à un mètre devant soi, d’autre part en obligeant mes hommes à tirer à chaque instant, cela les empêche de s’endormir et ils feront bonne garde.

Nous avons avancé presque sur toute la ligne

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