Nous voilà à plat ventre dans l’avoine

24 août 1914 Par Albert Vigon 0

À 8 heures du matin nous sommes debout, car il n’est plus question d’exercice mais il s’agit d’aller au feu. Nous quittons Génicourt pour destination inconnue.

Nous voilà sur la route, arrêtés à chaque instant par des ordres et contre-ordres remis par des cavaliers, si bien qu’à midi nous sommes encore en route sans savoir ce qu’on va faire de nous.

Midi et demi. Petit moment d’émotion, nous défaisons nos paquets de cartouches et nous approvisionnons nos fusils !

Ça n’a l’air de rien, mais pour nous cette petite scène sur la route nous annonce que l’heure approche.

Cependant on s’arrête dans le bois de Manheulles pour faire la soupe, mais les marmites ne sont pas plus tôt en train que nous sommes obligés de tout abandonner pour partir précipitamment.

Nous avons déjà près de 10 heures de marche dans les jambes. J’ai déjeuné avec une boîte de sardines et une bouteille de vin que j’ai payé 3 francs.

Nous marchons donc de plus belle, marche forcée, car on fait des pauses de 2 minutes, juste le temps de déboucler et boucler son sac.

À la tombée de la nuit après avoir grimpé de mamelons en mamelons et traversé terres labourées et champs d’avoine nous arrivons sur une crête, absolument exténués !

Le canon gronde près de nous mais on ne voit rien sinon de grands feux sur les collines des environs.

Chacun est grave, il reste à peine un peu de la clarté du crépuscule et après nous être déployés en tirailleurs tout le long de la crête nous nous apprêtons à marcher en avant dans cette formation.

Mais à peine nous sommes nous montrés qu’une violente fusillade éclate. Les balles sifflent autour de nous, et instinctivement, avant qu’aucun ordre nous soit donné nous voilà à plat ventre dans l’avoine.

Quelques sentinelles sont détachées en avant et nous restons là sans remuer jusqu’à 11 heures du soir. La fusillade s’est calmée. De temps à autre quelques coups de canon, semblant assez lointains. En face de nous un village brûle, mais trop loin pour pouvoir se rendre compte de ce qui se passe. D’ailleurs la nuit est particulièrement noire.

Personne ne saurait traduire l’impression qu’il a eue de ces premiers coups de fusils et de ces bruits de la bataille, car on n’a pu se rendre compte de ce qui se passait. Et beaucoup cédant à la fatigue (nous avons dû faire au moins 60 kilomètres), s’endorment sur place.

L’ordre arrive vers 23 heures de se rendre au village qui est à 500 mètres à notre droite (Saint-Jean-lès-Buzy) et à y cantonner.

À minuit nous sommes conduits dans quelques granges pour y passer la nuit. On laisse un petit poste à l’entrée du village. Avec trois camarades nous ouvrons une grange pour y coucher à notre aise, et après avoir cassé la croûte avec une boîte de singe nous nous mettons dans la paille espérant y goûter un repos bien mérité.

19140824-001 Premiers coups de feu

19140824-002 Premiers coups de feu

19140824-003 Premiers coups de feu

19140824-004 Premiers coups de feu

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